Comprendre l'eau du Sahara.
Avant de creuser, on étudie. Pourquoi trouve-t-on de l'eau sous l'un des déserts les plus arides du monde ? D'où vient-elle, et pourquoi certaines eaux sont-elles salées ? Trois dossiers pour comprendre l'hydrogéologie qui rend nos puits possibles.
Pourquoi trouve-t-on de l'eau sous le Sahara ?
Le Sahara reçoit aujourd'hui moins de 100 mm de pluie par an, mais cache l'un des plus grands aquifères de la planète, fruit d'une histoire géologique de plus de 3,5 milliards d'années. Les grès paléozoïques forment de vastes réservoirs régionaux, et une grande partie de cette eau est « fossile » : elle s'est infiltrée il y a des dizaines de milliers d'années, lors des périodes humides du « Sahara vert ». C'est pourquoi les équipes de Les Puits du Désert et de l'ONG Tidène réalisent une véritable étude hydrogéologique avant chaque forage — pour déterminer la profondeur, le débit et la qualité de l'eau.
Les nappes du bassin de Tim Mersoï
Le bassin de Tim Mersoï, qui s'étend sur environ 115 000 km² entre le massif de l'Aïr et la frontière algérienne, abrite des aquifères d'une grande richesse. On y distingue des nappes fossiles profondes (aquifères du Tarat et du Guézouman), mémoire des anciens climats humides du Sahara, et des nappes superficielles encore alimentées par les rares pluies. C'est la principale source d'eau des populations sahariennes et des villes minières d'Arlit et Akokan. Ressource stratégique mais sous pression (cône de dépression autour d'Arlit) et vulnérable aux pollutions, elle demande une gestion durable — l'un des enjeux de l'action de Tidène et de Les Puits du Désert.
Pourquoi certaines eaux souterraines sont-elles salées ?
Sous le Sahara, certaines eaux souterraines sont douces et d'autres saumâtres ou salées. Cette salinité provient de la dissolution des minéraux (halite, gypse, calcaires…) que l'eau traverse au cours de son long voyage souterrain : plus elle séjourne longtemps, plus elle se minéralise. C'est pourquoi deux forages voisins peuvent donner des eaux très différentes. Pour garantir une eau potable, Les Puits du Désert et l'ONG Tidène réalisent des analyses physico-chimiques après chaque forage, afin de vérifier que l'eau répond aux normes de consommation.
Les pluies dans l'Aïr
Dans le massif de l'Aïr, il pleut peu mais fort. La remontée saisonnière de la ZCIT attire vers le nord des masses d'air humides venues du golfe de Guinée, qui s'assèchent en chemin : il en résulte des averses orageuses intenses et très localisées, surtout entre juin et septembre. Le relief concentre ensuite ces pluies en crues dans les kori, ces cours d'eau temporaires secs la majeure partie de l'année. Le ruissellement érode, transporte, puis dépose des alluvions dont la porosité permet à l'eau de s'infiltrer et de recharger les nappes. La quantité de pluie ne suffit donc pas à expliquer la disponibilité de l'eau : le relief et la géologie déterminent la manière dont elle est stockée et circule sous terre.
Les principales roches du massif de l'Aïr
Le massif de l'Aïr repose sur un socle cristallin très ancien, dont l'histoire s'étend du Précambrien à un volcanisme récent. Quatre grandes familles de roches le composent. Les granites, dominants, forment les grands reliefs et n'offrent de l'eau que dans leurs fractures et zones d'altération. Les gneiss, témoins du vieux socle continental africain, se comportent de façon comparable. Les roches volcaniques peuvent constituer des aquifères locaux lorsque la fracturation est importante. Les grès, enfin, sont les véritables réservoirs : leur porosité entre grains permet de stocker de grandes quantités d'eau. C'est pourquoi identifier la roche avant de forer n'est pas un détail académique mais la condition d'un puits productif.
Les principaux minéraux du massif de l'Aïr
Les minéraux constituent les roches, et leur nature influence directement la résistance de celles-ci à l'altération ainsi que la circulation de l'eau souterraine. Quatre groupes dominent dans l'Aïr. Le quartz, le plus abondant, très stable chimiquement, laisse l'eau circuler entre les grains sans la charger. Les feldspaths, très présents dans les granites et les gneiss, s'altèrent en argiles : ils freinent l'infiltration et modifient les propriétés des sols. Les micas et les amphiboles renseignent sur les conditions de température et de pression qui ont présidé à la formation des roches. Comprendre ces minéraux, c'est comprendre pourquoi deux forages voisins ne donnent pas la même eau.
Comment on cherche l'eau avant de creuser
Forer au hasard, dans un socle cristallin où les aquifères sont discontinus et localisés, revient à jouer. L'étude hydrogéologique suit donc six étapes. On commence par comprendre la géologie, car la nature des roches conditionne la présence et le stockage de l'eau. On repère ensuite les zones favorables par l'analyse du relief et des linéaments, à partir d'images satellites et de modèles numériques de terrain. La géophysique — sondages électriques de résistivité — permet d'imager le sous-sol sans creuser. Un forage d'exploration vérifie alors les interprétations et mesure le niveau de la nappe. L'hydrochimie et les isotopes reconstituent enfin la qualité et l'origine de l'eau, distinguant une recharge récente d'une eau ancienne. Reste à comprendre comment les nappes se rechargent, avec moins de 200 mm de pluie par an.
Récupérer l'eau de pluie dans l'Aïr
Dans un climat où les pluies sont rares et brutales, le ruissellement est rapide et l'eau se perd par évaporation. La récupération vise donc quatre gestes : ralentir, répartir, infiltrer, stocker. Les seuils d'épandage, ouvrages transversaux construits dans les vallées des oueds temporaires, freinent les crues et favorisent leur étalement. Les diguettes et cordons pierreux retiennent l'eau au plus près du sol sur les versants. Les vallées alluviales constituent des réservoirs souterrains naturels, où l'eau infiltrée est bien moins exposée à l'évaporation qu'en surface. Les petites retenues, enfin, stockent en surface au prix d'une évaporation importante. Récupérer l'eau, c'est donc surtout recharger le sous-sol.
Les étapes de réalisation d'un puits villageois
Un puits villageois capte directement la nappe phréatique superficielle, et sa réalisation suit six étapes qui garantissent chacune un aspect de l'ouvrage. Le fonçage, excavation progressive jusqu'à l'horizon aquifère, détermine la hauteur d'eau disponible en toutes saisons. Les buses en béton armé soutiennent les parois et évitent les éboulements. La margelle assure l'étanchéité entre la surface et le puits, empêchant les eaux de ruissellement de contaminer la nappe. Le muret de protection délimite une zone sanitaire et écarte les animaux. La dalle en béton évacue les eaux de ruissellement vers l'extérieur. La pompe à volant, enfin, permet un puisage sans contact direct avec l'eau. Entre un puits non protégé et un puits équipé, la différence n'est pas le confort mais la qualité sanitaire de l'eau.
Les puits solaires
Le pompage solaire remonte l'eau souterraine, la stocke en hauteur et la distribue par gravité — sans carburant à acheminer, et disponible même pompe à l'arrêt. À Tchinwoudouban, un puits à motricité humaine équipé d'un système solaire et d'un château d'eau dessert environ 1 000 habitants ainsi que les troupeaux et les éleveurs de passage ; deux personnes ont été formées à son entretien. À Inghighi et Indoudou, les puits des écoles surcreusés et équipés de pompes solaires permettent l'irrigation de jardins scolaires dont bénéficient environ 260 enfants. À Intawagré, l'eau est acheminée vers le centre du village, l'école et le dispensaire. Le solaire ne remplace pas tous les puits : dans les zones pastorales isolées, un puits traditionnel, simple et robuste, reste parfaitement adapté.
Voir où l'eau coule aujourd'hui
Cette science se concrétise sur le terrain : découvrez les puits financés par Les Puits du Désert dans la région d'Agadez, sur la carte interactive.











